A propos

Sociologue, également qualifié en anthropologie et chercheur post-doctoral de l’European Research Council (ERC) dans le cadre du programme « Towards a critical moral of anthropology »

Iris – EHESS, 96 boulevard Raspail, 75 006 Paris

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Courriel : fabricefernandez(a)yahoo.fr / fabrice.fernandez(a)ehess.fr

Domaines de recherches

À la conjonction de l’anthropologie de la santé et de la sociologie des problèmes sociaux, mes travaux questionnent les limites politiques, sociales et morales fixées à la libre disposition de soi et de son corps en situation de précarité. Je m’intéresse notamment aux modalités de désignations, de « traitements » et de prises en charge de ces populations qui relèvent de la « nouvelle question sociale » (usagers de drogues en errance urbaine, personnes détenues, personnes immigrées sans domicile, etc.).

Attentif à la fois au processus de criminalisation des pratiques sociales et au mouvement de conversion de problèmes sociaux en problèmes sanitaires, il s’intéresse aux logiques de prises en charge combinées ou concurrentielles au sein des dispositifs sanitaires, sociaux et répressifs. Il met notamment l’accent sur l’observation des pratiques, des interactions, des activités cognitives et émotionnelles des professionnels et des usagers qui vont donner sens à différentes activités d’encadrement, de surveillance, de soins et de réinsertion.

Dans ce cadre, il a mené plusieurs recherches à partir de différents terrains en région parisienne et toulousaine. Ma thèse (2007), publiée chez de Boeck sous le titre « Emprises. Drogues, errance, prison : figures d’une expérience totale », propose ainsi une analyse du mouvement de circulation entre errance urbaine et expérience carcérale des usagers de drogues précarisés, confrontés alternativement voire simultanément à des professionnels, des métiers, des dispositifs aux missions divergentes (pénitentiaire, prévention, médecine, justice, police, travail social). Face au mouvement de prolétarisation des usagers de drogues et à une politique de réduction des risques sanitaires (sida, hépatite C) visant toujours davantage à rationaliser les pratiques de consommation de stupéfiants et à responsabiliser les usagers au regard de leur santé, cette enquête multisites (rue, squats de consommateurs, associations de prévention, hôpitaux, maisons d’arrêt) a notamment permis de mieux comprendre l’expérience de ces « usagers » (de drogues, de la prison et bien souvent des services de soins psychiatriques). À partir de l’analyse du sens endogène des « pratiques à risques sanitaires », cette recherche souligne l’hétérogénéité des logiques d’usages de produits toxiques et la variabilité des rapports au corps et à la santé à chaque étape de ce mouvement circulatoire dedans-dehors. Elle apporte également un nouvel éclairage sur les formes de mobilité au sein même des zones de vulnérabilité et de désaffiliation, en mettant au jour les modes de résistance, de ces consommateurs précarisés, à l’ordre politique et moral qu’on cherche à leur imposer et leurs tentatives d’autopréservation à travers des formes de doubles vies associant dérive et combine, souffrance et lutte.

Deux recherches collectives (2008-2009) sont venues prolonger ces résultats sur le versant du travail de repérage, de soins et de gestion des comportements dits déviants. Elles questionnent plus particulièrement les pratiques des professionnels de santé mentale confrontés d’une part à la justice (à partir d’une étude sur l’expertise psychiatrique et de son exploitation judiciaire en chambre correctionnelle) et, d’autre part, au monde carcéral (en examinant les réseaux de coordination entre intervenants en santé mentale en prison et à l’extérieur). Au-delà des frontières classiques des professions et des organisations (prison ou hôpital), ces recherches ont permis de décrire plus spécifiquement les espaces de coopérations formelles ou informelles relatives à la construction sociale et à la prise en charge de l’altérité déviante.

En tant que chercheur post-doctoral dans le cadre du programme de recherche « Towards a critical moral of anthropology » (2009-2012) dirigé par Didier Fassin,  j’explore aujourd’hui les enjeux sociaux et moraux relatifs aux modes de prise en charge de la précarité sociale et juridique, en étudiant l’ensemble des dispositifs mis en place en maison d’arrêt (santé, prévention, travail, insertion, accès aux droits, application des peines, commission de discipline, lutte contre l’indigence, etc.) et leur réception par les détenus.

En complément à l’ensemble de ces études, je mène également dans une perspective de sociologie des émotions une réflexion sur le travail émotionnel mis en œuvre par les professionnels (justice, santé, travail social) et par les profanes. D’autre part, à un niveau méthodologique, je questionne la place des émotions dans les techniques d’enquêtes ethnographiques (Cf. L’ouvrage intitulé Le langage social des émotions que j’ai codirigé aux éditions Economica en 2008).

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