CRITIQUES DE LA PSYCHIATRIE, PSYCHIATRIE CRITIQUE

par fabricefernandez

 Enjeux contemporains du mandat social psychiatrique   

 

Comité de direction : Samuel Lézé, Pedro Valente

Comité d’organisation : Olivier Doron, Fabrice Fernandez, Françoise Laugier

                                                                                                                              

   Cycle de conférences 2008 : « Troubles dans l’expertise psychiatrique »  

Quelle psychiatrie voulons-nous ? Telle est la question, souvent implicite, qui se trouve au cœur des débats critiques lancés par les acteurs, désormais nombreux, du champ de la santé mentale. Cette conjoncture implique une redistribution des pouvoirs et des savoirs entre professionnels, malades et leurs familles, autorité bureaucratique, politiques, scientifiques et industries pharmaceutiques ; le tout contribuant à une reconfiguration du mandat social psychiatrique.

  Ce séminaire de travail propose d’initier une réflexion de psychiatrie critique sur ces questions de société à partir des outils et des analyses des sciences sociales. L’ambition est double : d’une part, renouer avec le regard historique, anthropologique et sociologique, longtemps porté par Gladys Swain à l’ASM 13 ; d’autre part, rendre intelligibles les enjeux cliniques et politiques – intimement liés – de la pratique psychiatrique contemporaine. A cette fin, chaque année sera consacrée à une thématique de recherche spécifique.

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Le cycle de conférences inaugurales portera sur l’expertise psychiatrique, expertise que l’on examinera au sens large du terme : non seulement expertise judiciaire, mais également savoir psychiatrique qui ne cesse d’être convoqué dans l’espace social.

  Dans la « mosaïque de l’expertise judiciaire », la psychiatrie occupe une place particulièrement sensible, soumise à de multiples critiques, parfois contradictoires : omniprésence de l’expertise psychiatrique, mais manque démographique d’experts psychiatres ; pouvoir sur la décision des juges mais grande faillibilité par rapport à l’expertise en général : « l’expert ne bénéficie pas de l’aura de scientificité, d’objectivité et de technicité attachée, par exemple, aux opérations de l’expertise comptable ou balistique. A l’inverse, les questions que soulève en permanence l’expertise psychiatrique pénale montrent qu’il serait plutôt le seul expert faillible par définition. Non crédité de s’en tenir, comme il est exigé de l’expertise judiciaire en général, à une simple « question de fait », le spécialiste apparaît ici dans un rapport beaucoup plus problématique à la décision elle-même, qui pose inévitablement la question de la frontière des compétences entre le juge et lui » (Théry, 1993). Ces mises en question deviennent particulièrement aiguës dans un contexte où la médiatisation des erreurs judiciaires confronte la responsabilité du juge à celle des experts (e.g. l’affaire d’Outreau) alors que, dans le même temps, les effectifs de malades mentaux dans les prisons n’ont jamais été aussi élevés dans les prisons (Brahmy, 2005)  

Ce trouble dans l’expertise psychiatrique n’est pas nouveau, mais il rend nécessaireun examen systématique. Si, comme le souligne le dernier rapport sur l’expertise pénale (Mercredi 11 Juillet 2007) de la Fédération Française de Psychiatrie (FFP), « l’expertise psychiatrique  pénale remplit de moins en moins le rôle de filtre visant à repérer les malades mentaux afin de leur donner les soins appropriés, et n’assure plus la fonction de régulateur en prison et à l’hôpital », se dessine alors, en pleine discussion de la loi sur la récidive des délinquants sexuels (août 2007) une exigence inédite pour que convergent et se renforcent, au nom des victimes, la punition et le soin. C’est la portée de cette redéfinition qui rend actuellement une réflexion sur l’expertise psychiatrique si nécessaire.

  

Informations pratiques : Séminaire gratuit et ouvert à tous les 1er et 3e jeudi du mois de  18h30 à 20h30

(sauf vacances scolaires)                           

                                                  Centre Philippe PAUMELLE

                                                  11, rue Albert Bayet

                                                  75013 Paris (Métro Place d’Italie)

   Contacts :

Fabrice Fernandez (sociologue, LISST-CERS, CNRS 5193): fabricefernandez@yahoo.fr

 

Françoise Laugier (psychiatre, ASM 13) : laugierfr@wanadoo.fr

 

Samuel Lézé (anthropologue, IRIS, EHESS) : sleze@ens.fr

 

Pedro Valente (psychiatre, ASM 13) : pedro.valente74@gmail.com