La sociologie de la santé et le financement de la recherche
Structuration de la sociologie de la santé et financement de la recherche :transformations et incidences sur le travail des chercheurs
Mercredi 25 Avril 2007, 9h30 – 17h, à la MSH, 54 Bd Raspail, 75014 Paris (métro Sèvres-Babylone) (La salle sera indiquée dans le hall d’entrée de la MSH)
Les politiques budgétaires propres aux organismes publics de recherche (ministère de la recherche, ANR, CNRS, INSERM, ANRS, universités, etc.) connaissent de profondes mutations qui doivent en partie être comprises en lien avec le financement de la recherche par l’Union européenne (le 7e PCRD, récemment lancé, accorde une place spécifiée aux sciences sociales). Au plan national, le financement de la recherche par l’Etat transite également par les budgets incitatifs alloués à toute une série d’instances insérées dans de grandes administrations sectorielles. Parallèlement, un nombre croissant d’institutions appartenant à d’autres secteurs que celui de la recherche définissent et financent une « demande sociale » polymorphe d’études et de recherches en sociologie de la santé. L’ensemble de ces évolutions s’accompagne du développement exponentiel de la recherche contractualisée. Celle-ci apparaît aujourd’hui vitale tant pour contribuer au budget de fonctionnement des laboratoires et de leurs chercheurs (missions, vacations, documentation, notamment) que pour assurer une rémunération aux jeunes chercheurs ne disposant pas de poste. Ce mode d’insertion sociale de la recherche parcourt la plupart des domaines de recherche, et celui de la sociologie de la santé est l’un de ceux qui s’en trouvent largement irrigué.
Cette première journée s’intéressera en priorité à la recherche contractualisée en sociologie de la santé – par appels d’offres ou financement de gré à gré – émanant de structures ne faisant pas partie du champ des institutions spécifiquement dédiées à la recherche comme, par exemple, la Haute Autorité en Santé, l’Institut National du Cancer, les directions « techniques » de grandes administrations, les fondations, les collectivités territoriales et certains opérateurs de services. Ces instances appartiennent le plus souvent, mais non systématiquement au domaine de la santé. Les articulations entre les questionnements posés aux chercheurs par les divers bailleurs et les évolutions, les réformes, les politiques publiques dans le champ de la santé méritent d’être examinées et commentées.
En quoi les modalités de travail, l’orientation intellectuelle et méthodologique, la production scientifique des sociologues de la santé ainsi que la valorisation sociale de leurs travaux apparaissent-elles modelées par ces transformations ? Que pensent les chercheurs – novices ou expérimentés et engagés à divers titres dans des contrats de recherche – des attentes, des intérêts, des espoirs ou des déceptions de ces « nouveaux » demandeurs-financeurs institutionnels ? Comment s’opèrent les mises en correspondance, les compatibilités difficiles et les processus de traduction entre les termes de ces demandes sociales et les « manières de connaître » propres au milieu de la recherche et au métier de chercheur en sociologie ? Peut-on repérer certaines caractéristiques de la demande adressée aux sociologues de la santé qui contribuent à un déroulement satisfaisant, ou à l’inverse contraint ou heurté, des démarches de recherche ? Le point de vue des chercheurs sera privilégié dans ce débat.
Par ailleurs, au plan synchronique, il s’agira de s’interroger sur la cohérence et la convergence – ou l’incohérence et la dispersion – des thématiques de recherche soutenues par les organismes financeurs, tous types de bailleurs confondus. Dans ce contexte, comment se présente le sous champ de la recherche contractualisée ne relevant pas des circuits classiques de la recherche publique ? La distinction entre études et recherche voit-elle sa pertinence se reconfigurer ? Les questions effectivement travaillées par les sociologues de la santé dans le cadre de relations contractuelles dessinent-elles un ou plusieurs paysages au sein desquels des thématiques ou objets orphelins pourraient être mis à jour ? Dans une perspective plus diachronique, on cherchera également à caractériser la nature et les ressorts des récentes évolutions en matière de financement et à apprécier la spécificité de la sociologie de la santé, dans cet environnement institutionnel et scientifique mouvant.
La palette des thèmes de recherche concernée par cette réflexion reste très ouverte et intègre des sujets relatifs aux politiques publiques et au secteur de l’offre de santé (pratiques institutionnelles et professionnelles notamment) ainsi que tout le domaine des conduites profanes (les usagers, les patients, les maladies et les recours, etc.).
Deux ordres de communications, complémentaires les unes des autres, serviront de point de départ aux discussions. D’un côté, des exemples circonstanciés d’expériences de recherche contractualisée seront présentés. Leurs auteurs s’attacheront tout autant à en explorer la singularité qu’à tenter d’en dégager des enseignements ou questionnements de portée généralisable relatifs aux différentes étapes d’une démarche de recherche (définition du cadre et de la problématique, accès et modalités de présence au terrain, formes de restitution, etc.). De l’autre, seront exposées des communications plus synthétiques et « panoramiques » mettant en outre l’accent sur les évolutions de la décennie écoulée et sur celles pressenties pour l’avenir.