Emotions, corps et santé: un gouvernement par la parole?
octobre 17, 2006
J’ai le plaisir de vous annoncer la publication des actes des journées toulousaines du réseau “Santé et Société” dans la revue Face à Face. Regards sur la santé :
Emotions, corps et santé : Un gouvernement par la parole ? Face à Face. Regards sur la santé, n°9, Octobre 2006
avec les contributions de Marcel Drulhe, Magali Bouchon, Gérard Rimbert, Julien Bernard, Estelle Djibré et Yannick Jaffré
Vous trouverez l’intégralité du numéro en version PDF ici : [lire]
Edito:
Fabrice Fernandez, Samuel Lézé, Hélène Marche: “ Voilement et dévoilement des émotions sur les terrains de la santé : du rapport de sens au rapport de force ” : [lire]
Prologue :
Marcel Drulhe, “ Emotion et société : un enjeu sociologique ”
Les articles :
Magali Bouchon, “ Les soignants en souffrance : les difficultés émotionnelles des soignants en interaction en interaction avec la douleur, la maladie, la mort dans un service de pathologies lourdes et chronique à l’hôpital du point G à Bamako ”
Gérard Rimbert, “ Taisez-vous vielles folles, l’auto-contrôle des émotions en maison de retraites ”
Julien Bernard, “ Les émotions dans la relation Pompes funèbres- endeuillés : une problématique de santé ”
Estelle Djibré, “ Les agents thermaux à l’épreuve des mots autour des maux de l’âme et des maux du corps ”
Epilogue :
Yannick Jaffré, “ Les terrains d’une anthropologie comparative des sensibilités et des catégories affectives”
Ce numéro constitue la poursuite d’une réflexion sur la place des émotions dans le champs de la santé initiée dans le numéro 8 de la même revue: [lire]
PS: A noter que la couverture de ce numéro reprend l’affiche des journées scientifiques, réalisée par Sarah Arnal
L’engagement émotionnel durant l’enquête sociologique
octobre 12, 2006

Un article intitulé l’engagement émotionnel durant l’enquête sociologique : retour sur une observation “ anonyme ” auprès d’ex-usagers de drogues que j’ai publié initialement dans la revue Carnets de bord en sciences humaines (n°9, Septembre 2005) est mis en ligne. Vous pourrez le lire en intégralité ici [lire]
En voici le résumé : L’observation participante place le sociologue dans un jeu de miroir à travers lequel ses propres émotions participent à créer du sens aux interactions et aux modes de communication avec les acteurs de terrain. Durant les réunions des Narcotiques Anonymes, un processus ” d’engagement émotionnel ” conduit le ” nouveau venu ” à adhérer au groupe et ne plus consommer. Le sociologue, pris dans ce parcours initiatique, doit sans cesse revenir sur l’incidence de ce ” jeu des émotions ” pour mettre à jour les mécanismes implicites qui risquent de s’immiscer, à son insu, dans son raisonnement et son analyse.
Soutenance de thèse
octobre 11, 2006
Gérard Rimbert soutient publiquement sa thèse. Nous l’attendions impatiemment, le voici fin prêt. Voici son annonce et son résumé de thèse, de quoi aviver votre curiosité :
J’ai le plaisir de vous convier à la soutenance de ma thèse :
le jeudi 23 novembre,
à 14h,
Maison des Sciences de l’Homme,
54 Bd Raspail, 75 006 Paris
(salle 524)
Le titre :Encadrer les crises biographiques irréversibles. Les contradictions dans la prise en charge des personnes âgées dépendantes.
Le jury :
Anne-Marie Arborio
Patrick Champagne (directeur de thèse)
Marcel Drulhe
Didier Fassin
Rémi Lenoir
Comme l’exige la coutume, et comme je le souhaite, la soutenance sera suivi d’un pot.
Résumé
A la fin du 19ème siècle, la gestion collective de la vieillesse était essentiellement une forme particulière d’encadrement de l’indigence. La généralisation des systèmes de retraite a ensuite permis la constitution d’un “ troisième âge ”, consacrant une sorte de renaissance après la vie active. Mais certaines personnes âgées voient leurs facultés physiques et mentales, et donc leur autonomie au quotidien se dégrader, entrant ainsi dans la “ dépendance ”. Ces crises biographiques ont pour effet de reposer la question de l’encadrement des vieux “ inutiles au monde ”, mais dans les catégories de pensée issues du troisième âge, qui impliquent l’humanisation des pratiques d’accompagnement (” respect ”, “ projet de vie ”, “ individualisation des soins ”, “ bientraitance ”, etc.). Dans les structures d’encadrement des personnes âgées dépendantes, cette évolution se manifeste par une tension entre, d’une part, l’enchantement qui conduit à percevoir l’activité d’accompagnement de la dépendance comme l’occasion de nouer des liens affectifs et/ou de satisfaire une “ fibre ” humaniste et, d’autre part, le “ sale boulot ” auprès des grabataires dont l’état rend problématique cet enchantement. Cette tension semble d’autant plus caractéristique de la gestion institutionnelle de la vieillesse qu’elle s’observe dans des univers aussi différents qu’une maison de retraite privée médicalisée et qu’une association (les petits frères des Pauvres) proposant aux personnes âgées isolées des vacances encadrées par des bénévoles. Si elle peut parfois habiter l’activité d’une même personne, cette tension s’organise principalement autour de groupes qui transgressent la frontière entre salariés (ou bénévoles) et personnes âgées dépendantes. Les personnes âgées se différencient en fonction de leur état physiologique. Interprétés et pris en main de façon différenciée selon l’appartenance sociale, les divers cas de figure observables se structurent selon l’opposition entre une attitude qui valorise le sacrifice de l’intimité en échange du maintien d’une sociabilité courtoise ; et une autre qui consiste à défendre par la force et les cris les frontières de l’espace intime, fut-ce au prix d’un effondrement des chances de maintenir des relations “ sympathiques ” avec le personnel. Et les personnes âgées qui acceptent de voir une intrusion dans leur intimité tendent à maintenir une certaine distance avec les autres. De son côté, le personnel d’encadrement se différencie selon que le travail consiste ou non en un gardiennage des corps, entendu comme simple entretien des fonctions vitales de l’individu. Ce penchant est en partie déterminé par le niveau de qualification et la position institutionnelle (qui oriente vers les vieillards d’un type plutôt que de l’autre). Ces facteurs laissent pourtant une marge de manœuvre : alors que la dépendance a tout d’une situation désespérée, certains individus se comportent en réparateurs, considérant qu’” il y a toujours quelque chose à faire ”. En définitive, il apparaît que la conviction dans une possible réparation – dans un contexte d’accompagnement de crises biographiques pourtant irréversibles – peut être autre chose qu’une simple vision enchantée si elle prend appui sur l’atténuation de la division des tâches entre prescripteurs et exécutants ainsi que sur le rassemblement d’individus prédisposés à recevoir des “ primes de désintéressement ” (que ce soit par philosophie religieuse ou par plaisir pris aux échanges affectifs) et suffisamment ajustés entre eux pour produire une définition consensuelle de l’intérêt des personnes âgées.
Mots-clé : Maisons de retraite, institution totale, vieillissement, professions de santé, bénévolat, gestion sociale des corps, cure & care, croyance, désintéressement.
Institutions : la voix des acteurs faibles
octobre 11, 2006
Des journées d’études qui s’annoncent fort intéressantes. A l’Université de Genève, Unimail, salle 2150 jeudi 12 octobre de 14h à 18h30 vendredi 13 octobre de 9h à 17h30
L’objectif scientifique de ces journées est d’appréhender la relation entre institutions et individus/groupes disqualifiés au regard d’un principe éthique de dignité (Senett), de décence (Margalit) ou de reconnaissance (Taylor, Walzer, Honneth). L’attention se porte sur la production d’une relation asymétrique et les conditions de son dépassement au travers de l’analyse des cadres de communication, des registres d’expression et des modes de traduction à l’œuvre. La parole des individus stigmatisés est en effet tantôt l’enjeu de dispositifs qui répondent à une crise de l’action institutionnelle classique, tantôt le bruit qui parasite les versions officielles de la réalité, tantôt l’objet d’une mobilisation politique où la place des individus stigmatisés mérite cependant d’être examinée.
Si les institutions se présentent aujourd’hui comme compréhensives, quelles sont les conditions éthiques, organisationnelles, cognitives, pratiques d’une compréhension et d’une écoute du point de vue d’usagers disqualifiés et d’une participation de ces acteurs faibles à une co-production de l’action institutionnelle ? Par ” acteurs faibles “, nous entendons des individus, voire des groupes, dont les rôles et les identités se déploient dans deux types de configuration. Dans une première configuration, ils sont affaiblis par une catégorisation de l’action publique qui particularise et naturalise leur place dans l’espace social ; dans une seconde configuration, c’est une disqualification ordinaire qui les prive d’un statut d’égal dans une réciprocité des perspectives (Schütz). Il s’agit, à l’instar de la notion de stigmate (Goffman), de considérer non pas des personnes mais des points de vue, les mêmes individus pouvant faire l’expérience des deux configurations d’affaiblissement. L’acteur faible est aussi, selon cette association paradoxale des termes, un individu dominé, mais disposant néanmoins de ressources propres, de tactiques (de Certeau), d’une capacité créatrice.
Quelles sont les raisons, structurelles mais aussi contextuelles (les ” bonnes raisons ” et les justifications des agents institutionnels), des malentendus et des échecs qui émaillent la relation entre institutions et acteurs faibles ? Quelles formes typiques cette communication asymétrique emprunte-t-elle ? Quelles ressources, quelles compétences, quels cadres sont-ils nécessaires pour la construction d’une réciprocité des perspectives, tant du côté des institutions que de celui des acteurs disqualifiés ? Quelles sont les conditions du passage de l’indignité à la reconnaissance de la parole des acteurs faibles ?
L’examen de ces questions s’attachera à rendre compte de la variété des cadres institutionnels dans lesquels la voix des acteurs faibles peut émerger, sous différentes formes. La parole des individus disqualifiés est parfois convoquée et érigée en objet de l’action et constitue la justification de dispositifs innovants (lieux d’écoute, dispositifs d’accompagnement, entretiens d’évaluation et de suivi, dans le champ du travail social). Sur d’autres scènes, la parole des acteurs faibles est banalisée mais déviante par rapport aux attentes normatives (école, hôpital, autres services publics), sans oublier les lieux institutionnels où cette parole est illégitime (prison, hôpital psychiatrique, autres institutions totales). L’attention portera également sur l’analyse de la constitution d’une voice (Hirschman) mettant en jeu des logiques de traduction, médiation, mobilisation, qui réalisent un travail politique transformant le ” bruit en parole ” (Rancière).
Jeudi 12 Octobre (14h - 18h30) Jean-Paul Payet IntroductionSession 1 - Les processus de constitution d’une voix
| Margarita Sanchez-Mazas(Université Libre de Bruxelles, HETS-CEFOC Genève)
Mathieu Berger (Université Libre de Bruxelles) |
La voix des “ sans toit ” : émergence de rôles et constructions identitaires dans les Espaces de Dialogue en Belgique |
| Nathalie Kakpo(Université de Savoie) | L’islam pour renégocier sa place dans les institutions publiques : l’exemple des animateurs de centres sociaux |
| Simona Tersigni(URMIS-CNRS, Université Paris7) | Sans anonymat : discours et formes de territorialisation d’acteurs ethnicisés musulmans en région parisienne |
| Marta Roca i Escoda(Département de sociologie,
Université de Genève) |
De la prise de parole individuelle à l’action collective. Du cas d’un couple homosexuel qui se bat pour avoir un statut à la proposition d’une loi |
| Arnaud Vallin(CRESAL-CNRS,
Université de St-Etienne) |
Quand compréhension et acceptation d’un vécu passent par la constitution d’une narrativité : la sémantique “ sectaire ” des ADFI |
| Patricia Paperman(GSPM-EHESS-CNRS,
Université Paris) |
Les obstacles à l’expression des sentiments d’injustice dans les familles. Enquête sur ou enquête avec les acteurs faibles ? |
| Michel Callon(CSI-Ecole des Mines, Paris) | Discussion |
| PAUSE | |
| DEBAT |
Vendredi 13 Octobre (9h - 17h30)
Session 2 - La production idéologique d’institutions “ compréhensives ”
| Denis Laforgue(LLS, Université de Savoie) | Par delà intérêt général et domination |
| René Ballain (CERAT/PACTE-CNRS) | Les associations et le logement : d’une figure à l’autre |
| Dominique Glasman(LLS, Université de Savoie) | Les familles populaires face au collège |
| Corinne Rostaing (Université Lumière Lyon 2) | L’expression des détenus : formes, marges de manoeuvre et limites |
| Jean-Marc Weller(LATTS-CNRS, ENPC) | Discussion |
| PAUSE | |
| DEBAT |
Session 3 - Les scènes institutionnelles de parole
| Marc Breviglieri(GSPM-EHESS-CNRS,
IUT ParisV) |
Le corps empêché de l’usager (mutisme, fébrilité, épuisement). Aux limites d’une politique du consentement informé dans le travail social |
| Frédérique Giuliani (SATIE, Université de Genève) | L’exposition de soi dans le registre imposé des émotions |
| Yvan Leanza(RéGAIE, Université de Genève) | Les routines institutionnelles et la formation des professionnels comme obstacles à un accueil interculturel |
| Nicolas Duvoux (CMH-ERIS, EHESS) | Le contrat d’insertion ou les scènes de la disqualification |
| Nathalie Zaccaï-Reyners(Université Libre de Bruxelles) | Discussion |
| PAUSE | |
| DEBAT |