Pour info : France 2 annule le tournage de “Au bout du monde”, la téléréalité chez les peuples autochtones a été repoussée, espérons que ce soit pour de bon!

ICRA News

C’est une victoire pour notre campagne “Non à la téléréalité chez les peuples autochtones”. Mercredi 28 juin, France 2 a annoncé à la presse, à ICRA et aux autres associations ayant protesté contre le projet d’émission (FIDH et Ligue des Droits de l’Homme) l’arrêt du tournage de l’émission connue aussi sous son nom de code “les Caméléons”.

ICRA International remercie toutes les personnes qui ont relayé sa campagne et en particulier Cyber @cteurs. Près de 18.000 signatures et courriers ont été recueillis contre cette émission de téléréalité tournée notamment dans des groupes autochtones.

Nous saluons la sage décision de France Télévisions qui s’est rendue compte de l’indignation suscitée par ce projet et des dangers qu’il pouvait comporter. En effet, ces dernières semaines, des informations assez alarmantes nous étaient parvenues sur le déroulement du tournage par la société de production Extra Box (groupe Endemol). Nous déplorons cependant que les tournages aient quand même pu avoir lieu en Tanzanie chez les Hadzabés et en Indonésie chez les Mentawaï, deux des peuples les plus précarisés parmi les différentes destinations prévues.

Nous émettons le souhait que ce genre de projet soit à l’avenir écartés du monde des peuples autochtones. Nous y serons vigilant.

Cette victoire pour ICRA, ses partenaires et les nombreux citoyens, blogs et sites internet qui nous ont relayé démontre encore une fois que notre signature et notre souris ont du pouvoir lorsque nous sommes suffisamment nombreux pour faire connaître notre opinion aux décideurs économiques ou politiques.

 

Alors que les actions se multiplient contre les expulsions (encore aujourd’hui en Seine-et-Marne: un parrainage de deux lycéennes africaines menacées d’expulsion), le musée du Quai Branly nous ouvre grands ses portes avec ses œuvres d’arts, son luxe et sa médiatisation positive. Le musée des arts africains et océaniens est mort, vive la musée du quai branly, musée sans nom spécifique comme le louvre.

Pour la première fois un musée national est consacré aux autres et non plus seulement à soi déclarait, à peu prés en ces termes le directeur du musée du Quai Branly devant les caméras de télévision. Je ne résiste pas à vous faire partager cette lettre de Aminata Traore ancienne Ministre de la culture et du Tourisme du Mali, figure de la résistance africaine aux orientations néolibérales qui minent le continent africain. Cette lettre rappelle comment on traite ses autres dont on expose le patrimoine sans complexe et nous invite à la critique des modes de gouvernement des étrangers.

Musée du Quai Branly : ” Ainsi nos œuvres d’art ont droit de cité là où nous sommes, dans l’ensemble, interdits de séjour “

Talents et compétences président donc au tri des candidats africains à l’immigration en France selon la loi Sarkozy dite de ” l’immigration choisie ” qui a été votée en mai 2006 par l’Assemblée nationale française. Le ministre français de l’Intérieur s’est offert le luxe de venir nous le signifier, en Afrique, en invitant nos gouvernants à jouer le rôle de geôliers de la ” racaille ” dont la France ne veut plus sur son sol. Au même moment, du fait du verrouillage de l’axe Maroc/Espagne, après les événements sanglants de Ceuta et Melilla, des candidats africains à l’émigration clandestine, en majorité jeunes, qui tentent de passer par les îles Canaries meurent par centaines, dans l’indifférence générale, au large des côtes mauritaniennes et sénégalaises. L’Europe forteresse, dont la France est l’une des chevilles ouvrières, déploie, en ce moment, une véritable armada contre ces quêteurs de passerelles en vue de les éloigner le plus loin possible de ses frontières.

Les œuvres d’art, qui sont aujourd’hui à l’honneur au Musée du Quai Branly, appartiennent d’abord et avant tout aux peuples déshérités du Mali, du Bénin, de la Guinée, du Niger, du Burkina-Faso, du Cameroun, du Congo…Elles constituent une part substantielle du patrimoine culturel et artistique de ces ” sans visa ” dont certains sont morts par balles à Ceuta et Melilla et des ” sans papiers ” qui sont quotidiennement traqués au cœur de l’Europe et, quand ils sont arrêtés, rendus, menottes aux poings à leurs pays d’origine.

Dans ma ” Lettre au Président des Français à propos de la Côte d’Ivoire et de l’Afrique en général “, je retiens le Musée du Quai Branly comme l’une des expressions parfaites de ces contradictions, incohérences et paradoxes de la France dans ses rapports à l’Afrique. A l’heure où celui-ci ouvre ses portes au public, je continue de me demander jusqu’où iront les puissants de ce monde dans l’arrogance et le viol de notre imaginaire. Nous sommes invités, aujourd’hui, à célébrer avec l’ancienne puissance coloniale une œuvre architecturale, incontestablement belle, ainsi que notre propre déchéance et la complaisance de ceux qui, acteurs politiques et institutionnels africains, estiment que nos biens culturels sont mieux dans les beaux édifices du Nord que sous nos propres cieux.

Je conteste le fait que l’idée de créer un musée de cette importance puisse naître, non pas d’un examen rigoureux, critique et partagé des rapports entre l’Europe et l’Afrique, l’Asie, l’Amérique et l’Océanie dont les pièces sont originaires, mais de l’amitié d’un Chef d’Etat avec un collectionneur d’œuvre d’art qu’il a rencontré un jour sur une plage de l’île Maurice.

Les trois cent mille pièces que le Musée du Quai Branly abrite constituent un véritable trésor de guerre en raison du mode d’acquisition de certaines d’entre elles et le trafic d’influence auquel celui-ci donne parfois lieu entre la France et les pays dont elles sont originaires. Je ne sais pas comment les transactions se sont opérées du temps de François 1er, de Louis XIV et au XIXième siècle pour les pièces les plus anciennes. Je sais, par contre, qu’en son temps, Catherine Trautman, à l’époque ministre de la culture de la France dont j’étais l’homologue malienne, m’avait demandé d’autoriser l’achat pour le Musée du Quai Branly d’une statuette de Tial appartenant à un collectionneur belge.
De peur de participer au blanchiment d’une œuvre d’art qui serait sortie frauduleusement de notre pays, j’ai proposé que la France l’achète (pour la coquette somme de deux cents millions de francs CFA), pour nous la restituer afin que nous puissions ensuite la lui prêter. Je me suis entendue dire, au niveau du Comité d’orientation dont j’étais l’un des membres que l’argent du contribuable français ne pouvait pas être utilisé dans l’acquisition d’une pièce qui reviendrait au Mali. Exclue à partir de ce moment de la négociation, j’ai appris par la suite que l’Etat malien, qui n’a pas de compte à rendre à ses contribuables, a acheté la pièce en question en vue de la prêter au Musée.

Alors, que célèbre-t-on aujourd’hui ? S’agit-il de la sanctuarisation de la passion que le Président des Français a en partage avec son ami disparu ainsi que le talent de l’architecte du Musée ou les droits culturels, économiques, politiques et sociaux des peuples d’Afrique, d’Asie, d’Amérique et d’Océanie ?

 

Le Musée du Quai Branly est bâti, de mon point de vue, sur un profond et douloureux paradoxe à partir du moment où la quasi totalité des Africains, des Amérindiens, des Aborigènes d’Australie, dont le talent et la créativité sont célébrés, n’en franchiront jamais le seuil compte tenu de la loi sur l’immigration choisie. Il est vrai que des dispositions sont prises pour que nous puissions consulter les archives via l’Internet. Nos œuvres ont droit de cité là où nous sommes, dans l’ensemble, interdits de séjour.

A l’intention de ceux qui voudraient voir le message politique derrière l’esthétique, le dialogue des cultures derrière la beauté des œuvres, je crains que l’on soit loin du compte. Un masque africain sur la place de la République n’est d’aucune utilité face à la honte et à l’humiliation subies par les Africains et les autres peuples pillés dans le cadre d’une certaine coopération au développement. Bienvenue donc au Musée de l’interpellation qui contribuera - je l’espère - à édifier les opinions publiques française, africaine et mondiale sur l’une des manières dont l’Europe continue de se servir et d’asservir d’autres peuples du monde tout en prétendant le contraire. Pour terminer je voudrais m’adresser, encore une fois, à ces œuvres de l’esprit qui sauront intercéder auprès des opinions publiques pour nous.

” Vous nous manquez terriblement. Notre pays, le Mali et l’Afrique tout entière continuent de subir bien des bouleversements. Aux Dieux des Chrétiens et des Musulmans qui vous ont contesté votre place dans nos cœurs et vos fonctions dans nos sociétés s’est ajouté le Dieu argent. Vous devez en savoir quelque chose au regard des transactions dont certaines nouvelles acquisitions de ce musée ont été l’objet. Il est le moteur du marché dit ‘’libre’’ et ‘’concurrentiel’’ qui est supposé être le paradis sur Terre alors qu’il n’est que gouffre pour l’Afrique.
Appauvris, désemparés et manipulés par des dirigeants convertis au dogme du marché, vos peuples s’en prennent les uns aux autres, s’entretuent ou fuient. Parfois, ils viennent buter contre le long mur de l’indifférence, dont Schengen. N’entendez-vous pas, de plus en plus, les lamentations de ceux et celles qui empruntent la voie terrestre, se perdre dans le Sahara ou se noyer dans les eaux de la Méditerranée ? N’entendez-vous point les cris de ces centaines de naufragés dont des femmes enceintes et des enfants en bas âge ?
Si oui, ne restez pas muettes, ne vous sentez pas impuissantes. Soyez la voix de vos peuples et témoignez pour eux. Rappelez à ceux qui vous veulent tant ici dans leurs musées et aux citoyens français et européens qui les visitent que l’annulation totale et immédiate de la dette extérieure de l’Afrique est primordiale. Dites-leur surtout que libéré de ce fardeau, du dogme du tout marché qui justifie la tutelle du FMI et de la Banque mondiale, le continent noir redressera la tête et l’échine

 

Aminata TRAORE Essayiste et ancienne Ministre de la culture et du Tourisme du Mali

 

Qu'est-ce que la solitude? Plurielle, elle est à la fois celle qui exclut, celle qui condamne, mais aussi celle que l'on recherche ou que l'on préserve tout à soi. Celle dont on se plaint comme une souffrance, que l'on subi, celle que l'on critique à travers une société ou les liens se disloquent et où l'état, bien maigre palliatif, lui aussi se désengage, celle que l'on dénonce lorsqu'elle mène à la mort dans l'indifférence d'une tour d'immeuble, du coin d'une rue ou d'une cellule pénitentiaire. Si la solitude se cache bien souvent au regard d’autrui et qu’elle demeure au creux de soi, elle est un phénomène social qui, des maisons de retraites aux rencontres par Internet, se recompose au gré des parcours de vie.

Qu’elle soit solitude intime, solitaire, solitude du voyageur ou du travailleur, solitude de l’ermite ou du mourant telle que l’a analysé Nobert Elias, qu’elle s’immisce dans nos vies ou qu’on la sollicite, que dit-elle de notre société, des rapports à soi et aux autres ?

Le dernier numéro de la revue indépendante Relations traite de cette épineuse question sous différents angles à travers des textes, des récits, des analyses de scientifiques et d’écrivains accompagnés de superbes illustrations de l’artiste invitée : Sarah Arnal.

De quoi se plonger dans la solitude du lecteur de fond et de formes. Voici donc une petite mise en bouche :

Solitudes

La solitude est plurielle et plurivoque. Elle se décline selon les étapes et les situations de vie des individus, les types de cultures à l’intérieur desquelles elle s’éprouve, les registres artistiques et imaginaires qui la symbolisent ou encore les conditions socio-économiques qui la permettent, la favorisent ou bien l’imposent. Un peu comme les touches d’un tableau impressionniste, la solitude foisonne d’une multitude de coloris et de nuances, changeant selon les perspectives et les points de vue. Avec des contours aussi mouvants, cette expérience est difficile à cerner. Tel un observateur devant une œuvre d’art, chacun doit prendre un recul afin de trouver la juste distance lui permettant d’appréhender la composition. Ainsi, autant de solitudes que de regards; autant de solitudes que de solitaires.

S’il est difficile de parler de la solitude, c’est aussi parce que le thème, en lui-même, fait peur. Il confronte. Il dérange. Il angoisse. Probablement parce qu’il se confond plus ou moins subtilement avec isolement, ennui, abandon, enfermement, désert, vide, déliaison, misère, désolation… Les auteurs qui contribuent à ce dossier laissent d’ailleurs allègrement vagabonder leur réflexion dans ce maquis de termes. Comment parler de la solitude sans nommer ce côté sombre de la chose? C’est ainsi que Philippe Breton, dans son article Communication solitaire, s’interroge sur l’utopie véhiculée par les nouvelles technologies de la communication qui ne sont pas sans engendrer des formes inédites de désagrégation du lien social. De même Jean-Claude Ravet, dans Habiter le monde, rappelle que s’il y a une solitude qui est terre natale de la liberté et de la solidarité, il y en a aussi une autre qui est destructrice : elle engendre chez trop de nos concitoyens le sentiment d’être superflu, radicalement " de trop " au sein d’une société devenue voracement marchande. Pour sa part, Jean-Philippe Perreault, dans Liaison dangereuse, tente d’analyser la solitude des croyants – particulièrement celle des jeunes générations qui refusent autant une foi vécue sous le régime du repli identitaire qu’un engagement social niant leur héritage religieux. Si elle condamne à une certaine marginalité, cette position faite de tensions est aussi porteuse de créativité. Des données statistiques, présentées par Louise Dionne, parsèment l’ensemble et offrent quelques repères permettant d’esquisser le profil de la solitude dans notre société.

Ce dossier se constitue également autour de textes abordant la solitude d’une manière plus " phénoménologique ", c’est-à-dire laissant place à la description d’expériences, aux témoignages et aux récits. Ces contributions parlent de la fécondité paradoxale, de la richesse humaine et spirituelle, voire de la nécessité existentielle de la solitude. Ainsi Micheline Bélisle, dans Nul n’est une île… et pourtant, relate son parcours de personne appauvrie et son passage progressif à la militance qui brise l’isolement. Sylvio Michaud et Rosanne Labelle, dans un texte intitulé simplement Itinérance, évoquent la réalité de ces hommes, seuls au milieu de tous, qui trouvent à la Maison du Père des ressources pour se réinsérer dans la société. Avec Une porte s’ouvre, l’artiste Lino témoigne de cette solitude qui est un saut dans le vide, essentiel à l’expérience créatrice. Enfin, l’historienne Françoise Deroy-Pineau rappelle à notre mémoire une recluse volontaire du début de la colonie montréalaise : Jeanne Leber. En menant radicalement sa quête, cette dernière a cultivé une solitude qui l’ouvrait sur le mystère. Comment faire face à l’injustice, aux catastrophes, à l’angoisse des silences, à la maladie, à la douleur des deuils et des absences? À notre époque tout autant qu’à celle de Jeanne Leber, ces questions universelles peuvent pousser chacun jusqu’aux derniers retranchements de l’être.

La solitude, comme toute expérience humaine, est complexe. A-t-elle un sens? Peut-être? Toutefois, comme j’ai voulu le souligner dans le texte Vivre seul que je signe dans ces pages, ce sens s’acquiert moins qu’il ne se reçoit. Il se donne, en effet, à chaque fois que nous osons construire des solidarités sur la base d’une indigence communément reconnue et acceptée, plutôt que sur les alibis de l’avoir, du savoir et du pouvoir.

C’est de cette nécessaire conjugaison entre nos solitudes et des solidarités dont veut témoigner ce dossier estival de Relations.

" La solitude nous ramène à l’énigme de la vie humaine. Elle est, en quelque sorte, le point d’interrogation dans la chair, le signe que l’existence pose problème. Avec elle je cesse d’aller de soi. Le monde aussi. "

Jean-Claude Ravet

Référence : Veilleux, Marco, « Solitudes », Relations, juillet-août 2006 (710), p. 3.

sommaire:

Communication solitaire

Philippe Breton,
L’auteur est chercheur au CNRS. Il a publié notamment Le culte de l’Internet (La Découverte, 2000) et Éloge de la parole
(La Découverte, 2003)

Depuis qu’Internet est devenu un média de masse, une question se pose avec acuité : ce nouvel outil de communication engendre-t-il de nouvelles formes de solitude ou bien, au contraire, permet-il de faire reculer ce phénomène?

Nul n’est une île… et pourtant

Micheline Bélisle
L’auteure est militante dans la lutte contre la pauvreté.
Vivre isolée. Vivre seule… Où est la différence?

Vivre seul

Marco Veilleux

Le célibataire avance seul dans sa vie; il y confronte une absence qui peut devenir un espace de rencontre et de solidarité.

Une porte s’ouvre

Lino
L’auteur est peintre et illustrateur; il a publié, en 2004, La saveur du vide (éd. Les 400 Coups)

Nécessaire à ce saut dans le vide qu’est la création, la solitude est au cœur de l’expérience artistique.

Liaison dangereuse

Jean-Philippe Perreault
L’ auteur, étudiant chercheur en sciences des religions à l’Université Laval, est membre de l’Observatoire jeunes et société (INRS).

Inhérente à l’expérience de foi des nouvelles générations de croyants, la solitude est la condition de ceux qui se comprennent tout autant comme des héritiers que comme des créateurs.

Habiter le monde

Jean-Claude Ravet

Une solitude fondamentale porte en elle une expérience intime d’appartenance au monde. Une autre, par contre, destructrice, qui est le lot d’un nombre croissant de personnes vivant dans notre société voracement marchande, engendre le sentiment d’être superflu, radicalement de trop.

Couverture et illustrations internes : Sarah Arnal . Contact : arnalsarah@yahoo.fr

Une journée Scientifique est organisée dans le cadre du SéminaireQUALITE DE VIE, MALADIE CHRONIQUE ET HANDICAP. L’expérience et les nouvelles figures de la personne malade ou handicapée "

L’EXPERIENCE DE LA MALADIE CHRONIQUE ET DU HANDICAP

SUBJECTIVATION ET SOCIALISATION

 

Séminaire commun du Centre Georges Canguilhem et du Centre d’études du vivant (Université Paris 7) avec REHSEIS (Recherches Epistémologiques et Historiques sur les Sciences exactes et les Institutions Scientifiques UMR 7596 CNRS – Paris 7) et l’équipe " Expérience de la maladie et du handicap, mobilisation et action collective " du CERMES (Centre de Recherche Médecine, Sciences, Santé et Société UMR 8169-INSERM-U 750)

Responsables : A. Leplège, C. Lefève (Paris 7)

J. - F. Ravaud, I. Ville, D. Benamouzig, M. Winance (CERMES)

Mardi 27 juin, de 9h à 18h – salle 26 – Patio entre les tours 43 et 44

2, place Jussieu – Paris 5e Campus Jussieu

 

Depuis une trentaine d’années, les pratiques médicales et sociales autour des personnes atteintes d’une maladie chronique ou d’un handicap ont évolué. L’une des évolutions majeures concerne la prise en compte de la personne et sa " subjectivation ". Progressivement, la personne, placée au centre des pratiques, est devenue un sujet (sujet de droits, sujet de soins…). Ce sujet est caractérisé par son individualité par sa volonté, son autonomie et son statut d’acteur. Cette émergence du sujet s’est traduite, dans les pratiques, par une attention grandissante portée à son expérience, sa trajectoire biographique et son fonctionnement social propre. La figure stigmatisante du " malade " et du " handicapé " a laissé place à celle de la personne atteinte de maladie chronique ou en situation de handicap désormais considérée comme un sujet dont l’identité personnelle et l’activité sociale excèdent l’objectivation de la maladie ou de la déficience. Ce changement s’articule à la substitution dans les pratiques sociales et médicales du paradigme conceptuel de la maladie par celui de la santé. Cette journée se donne pour objectif d’explorer les prémisses théoriques et les implications sociales et politiques, éthiques et juridiques, sur les trente dernières années, de ce mouvement de subjectivation. Quelles sont les implications théoriques et sociales du discours philosophique et sociologique sur la subjectivation ? Quel rôle, en particulier, attribuer à la philosophie française de l’individualité et des normes (Canguilhem, Simondon, Foucault, Deleuze) ? Comment définir par exemple l’apport de l’interprétation historique et dynamique de la subjectivation et des notions de " biopolitique ", puis de " souci de soi " et de " techniques de soi " élaborées par M. Foucault ? Comment s’articulent subjectivation et socialisation ? Les nouveaux mouvements sociaux qui se sont constitués depuis 30 ans dans le champ de la santé et du handicap se sont emparés de cette figure du sujet et l’ont fait " éclater ", notamment en travaillant sur les catégories (" Sourds ", " handicapés " " personnes en situation de handicap "…), sur la notion d’identité, sur les formes d’engagement et de participation à la vie sociale, etc… Durant cette journée, nous reviendrons sur le rôle passé et présent des mouvements sociaux dans les changements conceptuels évoqués plus haut, dans la reconnaissance de l’altérité des personnes atteintes de maladie chronique ou de handicap et dans la reconnaissance de leur participation à la vie sociale, scientifique et politique. Quelles sont les implications normatives de la notion de subjectivation ? La conception de la maladie chronique et du handicap comme limitation de l’activité et de la participation sociale de l’individu ne risque-t-elle pas d’être interprétée dans une perspective naturaliste fondant des pratiques assujettissantes de réadaptation individuelle ? Le recours à la norme individualiste de l’autonomie peut-il conduire à une culpabilisation, voire à une nouvelle stigmatisation des personnes ? Enfin, en quoi le traitement social de la maladie chronique et celui du handicap peuvent-ils être comparés ? Participent-ils d’un même mouvement conceptuel et social de prise en compte du point de vue de l’individu, le traitement social et médical de la maladie chronique se décentrant de l’organisme afin de prendre compte les conséquences de la maladie sur la vie de l’individu conçu dans sa globalité et le traitement social du handicap se décentrant non seulement de l’organisme mais aussi de l’individu afin de prendre en compte les facteurs sociaux et environnementaux de la situation de handicap ?

 

" L’expérience de la maladie chronique et du handicap. Subjectivation et socialisation "

Matin : Dimensions historiques du passage à la subjectivité

9 h 30 : Henri-Jacques Stiker, anthropologue, historien (Paris VII)

" L'apport conceptuel de Canguilhem et de Foucault dans le domaine du handicap "

10 h 15 : Daniel Benamouzig, sociologue (Cermes)

" Les usages sociaux de la qualité de vie "

11 h : Judith Revel, philosophe (Paris)

" Invention de soi et pratique de la liberté : une éthique de la subjectivation "

11 h 45 : Dominique Thouvenin, juriste (Paris VII)

" Les droits de la personne malade : retour au droit commun "

Après-midi : Socialisation du sujet et inscription dans les cadres institutionnels

14 h 15 : Vololona Rabeharisoa, sociologue (CSI)

" De l’expérience d’une maladie chronique à l’expérimentation de soi : l’irruption de la génétique

dans la vie de patients autistes et de leurs familles "

15 h : Myriam Winance, sociologue (Cermes) et Jean-François Ravaud, (socio-épidémiologiste, Cermes)

" Le handicap, positionnement politique et/ou identité subjective. Le cas des pays anglo-saxons "

15 h 45 : Christiane Vollaire, philosophe (Paris)

" Contre un concept victimaire de la défaillance : la faille comme principe d'universalité "